15.000 signalements sur Fix My Street. C’est pour célébrer cette barre symbolique que Pascal Smet, ministre bruxellois de la mobilité (SP.A), avait invité la presse ce 24 septembre 2014. Un succès grandissant, un grand nombre de signalements dans les communes de l’Est et une majorité de problèmes situés sur les chaussées et trottoirs, voilà les conclusions du ministre après une grosse année de Fix My Street. Il reste cependant des questions sans réponse. Nous avons voulu savoir ce qui se cachait exactement dans la base de données de fixmystreet.irisnet.be. Un logiciel pour aspirer toutes les données et une heure plus tard, nous voici avec un fichier Excel de 16.381 lignes.

Lancée au début 2013, Fix My Street est une application pour smartphone qui permet aux citoyens et aux autorités de communiquer entre eux afin de résoudre les différents problèmes de voirie. Après pratiquement un an et demi d’activité, où en est-on ?


Saint-Gilles en première ligne

St-Gilles est la première commune bruxelloise en nombre de signalements. Cela ne signifie pas que la voirie y est en plus mauvais état qu’ailleurs. En effet, les données de Fix My Street ne relèvent pas d’un recensement scientifique et exhaustif des problèmes de voirie. Ce score peut simplement signifier que les habitants de cette commune sont plus sensibilisés à leur cadre de vie, sont plus nombreux à posséder un smartphone avec une connexion 3/4G, etc.

Dans l’édition du 24 septembre 2014 de La Capitale, ce haut score se voyait expliqué par le fait que St-Gilles signalait elle-même des incidents sur ses voiries régionales afin de faire remonter l’information rapidement et efficacement vers Bruxelles-Mobilité. Cette explication est-elle suffisante ? On peut en douter. St-Gilles est loin d’être la seule commune à signaler elle-même des problèmes sur ses voiries.

À Ganshoren, il est aussi très fréquent que les services communaux signalent eux-mêmes des incidents. Et pourtant, la petite commune de l’Ouest bruxellois se retrouve dans le bas de liste avec 390 signalements par 100.000 habitants depuis le lancement de Fix My Street. À l’administration communale, on pointe la démographie comme possible explication. «Ganshoren compte environ 30 % d’habitants de 60 ans et plus. La plupart des déclarations qui concernent notre commune sont en fait introduites par les services communaux.»

Seul 32 % des déclarations proviennent de citoyens

L’écrasante majorité des incidents sur Fix My Street ne sont en fait pas signalés par des citoyens. Fix My Street est aussi utilisée par les communes et la Région (via Bruxelles Mobilité, la STIB,…) comme une plateforme de communication et d’échange concernant les incidents à résoudre. De quoi nuancer le succès populaire annoncé devant la presse…

Notons cependant que 4% des incidents ne comprennent pas de mention quant à leur origine. Les citoyens sont donc responsables de 28 à 36 % des déclarations.


Les nids de poule en pole

Sans surprise, et comme annoncé dans la presse, les dégradations des revêtements arrivent en tête des problèmes signalés. Cependant, chaque commune connait des problèmes spécifiques. Par exemple, Anderlecht se caractérise par une proportion importante de déclarations pour des objets abandonnés et des débris. Ixelles connait, elle, un nombre important de problèmes liés à la récolte des eaux. Utilisez le module ci-dessous pour comparer chaque commune et découvrir les problèmes de la vôtre.

Un mois. Si tout va bien.

Les signalements sont généralement résolus assez rapidement. Pour la moitié des données, il a fallu 31 jours calendrier ou moins pour que le problème soit signalé comme étant clôturé. Il est malheureusement impossible d’être certain qu’un incident signalé comme « clôturé » soit un problème réparé. C’est une des limitations intrinsèques de cette base de données.

D’autre part, certains incidents trainent en longueur (parfois plus de 500 jours), ce qui tire la moyenne vers le haut, à 73 jours calendrier. Là non plus, il n’est pas possible de savoir si le dossier a été oublié, si l’incident à été résolu sans être signalé comme tel, ou autre.

La représentation la plus proche de la réalité se situe donc dans ce spectre, entre un et trois mois.


Bruxelles-Mobilité est l’une des entités qui prend le plus de temps entre l’ouverture et la clôture d’un dossier. Ceci peut s’expliquer par deux éléments. Tout d’abord, Bruxelles-Mobilité doit gérer le plus d’incidents, comme indiqué sur le graphique ci-dessous. Cela peut expliquer une possible surcharge de travail.

D’autre part, les déclarations traitées par la Région passent d’abord par le niveau communal. Lorsqu’un incident est signalé, il est automatiquement envoyé à la commune, que la voirie concernée soit locale ou pas. C’est l’administration communale qui renvoie la déclaration vers l’administration régionale si cette dernière est compétente. Si la commune prend du temps à transférer la demande, cela augmente artificiellement la durée de traitement.

Utilisez le module ci-dessous pour découvrir combien de temps prend votre commune ou Bruxelles-Mobilité pour résoudre chaque catégorie de problème.


Vous avez déjà utilisé Fix My Street ? Avec quels résultats ? N’hésitez pas à réagir dans les commentaires.

 Meet the data

L’extraction des données du site fixmystreet.irisnet.be a été réalisé le 15 septembre 2014 via OutWit Hub.

Le nettoyage des données a été effectué grâce à Excel et Google Refine.

Tableau Public et Excel on été utilisés pour l’analyse des données.

Les visualisations ont été réalisées grâce à Tableau Public et Datawrapper.

Ce type de base de données comporte naturellement quelques faiblesses. Les résultats présentés ici ne peuvent donc pas être interprétés comme une vérité absolue. En effet, certains incidents sont fusionnés, mais les deux déclarations restent présentes dans la base de données.

Des tests ont été réalisés avant le lancement public du système, ce qui explique que certains incidents soient signalés et clôturés le même jour.

Enfin, toutes les communes n’ont pas rejoint Fix My Street dès le lancement au public.

Pour télécharger les jeux de données utilisés dans cette analyse, rendez-vous sur Google Drive.

Maxime Delrue & Ettore Rizza